Transports aériens : le syndicaliste Cheikh Wade accusé de «faux et usage de faux»

Le communiqué de l’Intersyndicale des travailleurs de l’aviation civile et du secteur des transports aériens risque de coûter cher à ses auteurs. Quatre syndicats, qui déclarent que leurs signatures ont été falsifiées, entendent porter plainte.

Dans un communiqué attribué à ses onze syndicats membres, l’Intersyndicale des travailleurs de l’aviation civile et du secteur des transports aériens étale un chapelet de griefs contre le ministre du Tourisme et des Transports aériens, Alioune Sarr, et réclame son départ. Mais le document est démonté autant sur le fond que sur la forme, d’après Enquête, qui a donné la parole aux différentes parties dans son édition de ce mercredi.

Sur la forme : certains syndicats prétendus signataires, assurent n’avoir jamais signé le communiqué rendu public. Il s’agit du Syndicat des personnels des activités aéronautiques du Sénégal (Synpaas), majoritaire au niveau de LAS SA, du Syndicat unique des travailleurs du transport aérien et des activités annexes du Sénégal (Suttaaas), qui n’est même pas membre de l’Intersyndicale, du Syndicat autonome des travailleurs de l’aéronautique civile au Sénégal (Synatracs) et du Syndicat professionnel des activtés de spa (SPAS).

Mamadou Diop du Synatracs pointe une «falsification de signatures». Précisant que la seule habilitation donnée à l’Intersyndicale, c’était d’adresser une demande d’audience au patron de la tutelle. Il martèle : «Le contenu du comuniqué ne nous engage pas. On fera une déclaration de presse pour annoncer une plainte contre ceux qui ont apposé, à notre insu, notre signature sur ce document. On n’est pas et on ne sera jamais d’accord avec le contenu de ce communiqué. Celui qui l’a fait va en subir les conséquences.»

L’aveu de Cheikh Wade
Djibril Sakho du SPAS acquiesce : «Il est grave d’apposer la signature de quelqu’un sans son accord. Ceci est du faux et usage de faux. On a toujours réglé nos problèmes sans nous désolidariser avec le reste du groupe. Le seul accord que j’ai donné, c’était au cours d’une réunion pour une demande d’audience auprès du ministre. On n’a pas donné un autre accord. Je ne laisserai pas passer. Ce document est rendu public, et publiquement les gens doivent savoir qu’il y a faux et usage de faux.»

Contacté par Enquête, le président de l’Intersyndicale des travailleurs de l’aviation civile et du secteur des transports aériens promet d’apporter des éclairecissements mercredi prochain. Cependant, Cheikh Wade admet des «dysfonctionnements» dans la démarche de leur organisation.

Dans le communiqué en question, l’Intersyndicale reproche au ministre de n’avoir pas œuvrer pour l’harmonisation de la hausse, la mensualisation du paiement et l’extension au profit des travailleurs des structures non bénéficiaires, de l’Indemnité de sécurité aérienne (ISA). Elle réclame aussi l’attributation à leurs membres des parcelles situées au niveau du Pôle de développement urbain de Dagha Kholpa et l’exécution du plan social adopté dans le cadre de la fusion entre les Aéroports du Sénégal (ADS) et l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD) SA, entre autres griefs.

Arguments de fond

Dans un communiqué repris par Enquête, le ministère du Tourisme et des Transports aériens taille en pièces, point après point, les arguments de Cheikh Wade et Cie selon lesquels le ministre serait partisan de l’immobilisme.

A propos de l’ISA : «Suite à la demande de généralisation à tous les agents de l’augmentation de l’ISA accordée aux cadres de la représentation de l’Asecna lors du transfert de l’aéroport à Diass, du reste accepté par le département, cinq syndicats de la plateforme ont signé un courrier envoyé au MTTA (ministère du Tourisme et des Transports aériens) pour avertir du danger de la mise en œuvre de ces décisions pour la stabilité du secteur car, selon eux, l’augmentation devrait concerner l’ensemble des travailleurs de toutes les entités (LAS, AIBD SA, ANACIM et HAAS). Le MTTA a donc décidé de geler l’ensemble des mesures nouvelles relatives à cette indemnité et d’initier, en rapport avec les dirigeants de l’ensemble des structures concernées, une réflexion sur la faisabilité et la soutenabilité de la généralisation de l’augmentation de l’ISA, sachant que l’Etat n’est pas l’employeur direct des travailleurs de ces structures.»

Concernant la question de l’habitat social, les services de Alioune Sarr sont formels : «Aucun blocage n’est relevé». Ils expliquent : «Le MTTA a réactivé le dossier de Dagha Kholpa dès sa prise de fonction. Le chef de l’Etat a décidé d’octroyer 80 ha aux travailleurs de la plateforme aéroportuaire. La mise à disposition des terrains n’est pas du ressort du ministère. La procédure est en cours au niveau du ministère chargé de l’Urbanisme, et les organisations syndicales sont régulièrement informées de l’état d’avancement de ce dossier.»

Dynamisme et concertation permanente
Au sujet du plan social consécutif à la fusion de l’AIBD et des ADS, le MTTA précise d’abord que les syndicats ont été associés à l’ensemble des travaux du processus et qu’ils ont contresigné les conclusions de ceux-ci. «Les recommandations sont en train d’être mises en œuvre par l’AIBD SA», assurent la tutelle.Qui ajoute : «Quant aux autres aspects du plan stratégique du hub aérien, le MTTA les pilotes avec l’ensemble des structures concernées.»  

S’agissant des conditions de travail des agents, le MTTA renvoie l’Intersyndicale aux directeurs des structures concernées. Et pour la mise à disposition des travailleurs de 5% des 34% de parts de l’Etat dans le capital de LAS SA, les services de Alioune Sarr assurent avoir saisi en ce sens le Conseil d’administration de LAS SA.

Toutefois, le MTTA signale qu’en dépit des effets désastreux de la crise de la Covid-19 sur le secteur des transports aériens, «au Sénégal, le gouvernement, à travers le ministère du Tourisme et des Transports aériens, a réussi à maintenir les outils de production et à préserver les emplois au prix d’un engagement inédit et total en faveur des travailleurs et des entreprises, sous la conduite du ministre Alioune Sarr».

Il ajoute : «Ces efforts sont également à la base du dynamisme noté dans la mise en œuvre de la stratégie hub aérien et touristique autour du développement de l’AIBD, du déploiement d’Air Sénégal et du Programme de reconstruction des aéroports du Sénégal. Ce dynamisme se nourrit au quotidien du dialogue et de la concertation permanente entre toutes les parties prenantes. Une considération tellement ancrée dans le management du secteur dans notre pays, qu’aucun homme ou organisation sérieuse et honnête ne saurait remettre en cause.»

Previous post Blindé mystiquement : Les gendarmes coupent les gris-gris du baron de la drogue M. Diouf pour le neutraliser
Next post L’ANACIM ANNONCE LE RETOUR D’UN TEMPS INSTABLE SUR LA MAJEURE PARTIE DU PAYS