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June 22, 2021

Seydou Ba, président du comité d’organisation du Daaka de Médina Gounass sur la tenue de l’évènement : «On ne peut rien contre le décret divin»

Le premier cas confirmé de coronavirus au Sénégal menace depuis lundi la tenue de tous les évènements religieux prévus dans les jours à venir. Mais serein, le président du comité d’organisation du Daaka de Médina Gounass, Seydou Ba, dédramatise. Mieux, il se demande même pourquoi on annulerait le rendez-vous religieux, après l’expérience réussie  avec Ebola en 2014. Dans cet entretien à bâton rompu, M. Ba, également maire de la commune de Médina Gounass aborde les principales difficultés qui affectent le déroulement du Daaka, le comportement attendu des fidèles, la polémique qui a suivi l’aménagement des toilettes publiques sur le site, les différentes mesures prises pour parer à d’éventuels cas d’incendie dans le périmètredu Daaka. Entretien !

AbenaTv : Le Sénégal enregistre un premier cas confirmé de coronavirus. Peut-on s’attendre à une annulation du Daaka de Médina Gounass s’il arrivait que la maladie persiste dans le pays ?

Seydou Ba:Vous savez, ce n’est pas moi qui décide de la tenue du Daaka ou pas. Je suis le président du comité d’organisation. C’est une décision qui devra se prendre à un niveau supérieur.

C’est-à-dire ?

Oui, c’est le Khalife qui décide de l’organisation du Daaka. Moi, je gère seulement l’organisation matérielle, je fais des fiches d’expressions des besoins. Mais la tenue du Daaka ou de son report, vraiment est du ressort du Khalife.

A ce sujet, avez-vous pris langue avec le guide religieux ?

Non, je n’ai pas encore pris langue avec le Khalife comme je suis présentement à Dakar parce que je prépare un forum en prélude du Daaka. C’est une première dans l’histoire du Daaka. Et puis, je ne vois pas, personnellement, pourquoi on reporterait ou annulerait le Daaka, parce qu’on a eu Ebola ; et c’était plus proche de nos portes et tout le monde a vu que le Daaka s’était tenu, sans problème. Il faut que vous les journalistes participiez à calmer les esprits. On ne peut rien contre le décret divin.

Vendredi dernier, quand on a parlé de prévention lors du CRD spécial sur le Daaka, j’ai dit que c’est bien beau de surveiller l’aéroport Blaise Diagne, le port, mais il faut savoir qu’il y a des gens qui viennent au Daaka de l’extérieur et qui ne passent pas par Blaise Diagne. Des gens viennent de la Guinée, de la Gambie, de Guinée-Bissau, du Mali etc. Qu’il faut un dispositif de surveillance pour ces gens-là qui reviennent chez eux, ensuite qui prennent leurs voitures pour entrer au Sénégal.

Pour cela, l’Etat a prévu des points de contrôle au niveau des principales portes d’entrée terrestres…

Je sais, mais j’ai quelques craintes parce que, à un moment, on avait dit qu’on avait retiré les kits de sensibilisation au niveau des régions frontalières pour concentrer tout au niveau de l’aéroport Blaise Diagne. On pense que tous les gens qui entrent au Sénégal passent par Blaise Diagne. Alors que pour le Daaka, il y aura des gens qui viendront mais qui ne vont pas passer par l’aéroport. Il va falloir être regardant à ce niveau. C’est vrai que nous avons des postes avancés, mais il faut les doter de moyens de pouvoir déceler le moindre signe de la maladie. Si on met des postes avancés alors qu’il n’y a pas de tests pour détecter la maladie, cela pose problème. 

Quelle sera la contribution du comité d’organisation à la lutte contre cette maladie ?

J’ai demandé à l’équipe de communication d’entreprendre, pendant le Daaka, précisément la nuit lorsque tout est calme, de parler aux populations des moyens simples de prévention. On va distribuer des kits de savon et d’eau de javel pour le lavage des mains. On va aussi leur indiquer comment étouffer un incendie. Nous pensons que cela peut régler beaucoup de problèmes de sécurité et de santé.

A part cela, comment vont les préparatifs de l’édition 2020 du Daaka de Médina Gounass ?

On a raté le coup parce qu’on avait prévu le CRD (Comité régional de développement), jeudi (dernier) ; et ce n’était pas fortuit parce la date du jeudi 27 février coïncide avec la création de Médina Gounass qui a été fondée le 27 février 1936. Mais, comme l’Etat a aussi son agenda, il y avait un évènement national qu’est la simulation de l’attaque terroriste à Dakar qui a fait qu’on n’a pas pu tenir la réunion à cette date historique. Il fallait reporter la réunion de 24 heures.

Le CRD est le dernier jalon vers le Daaka, mais avant cela, il y a un CDD (comité départemental de développement) qui s’est tenu à Médina Gounass ; ensuite il y a eu un CRD. Le CDD implique les chefs de services qui sont au niveau du département. Mais, il y a des choses que ces derniers ne peuvent pas régler à leur niveau ; nous sommes donc allés au niveau régional ; et là aussi les responsables ont été impliqués et tous les dossiers ont été remontés au niveau national, à Dakar, où il y a tous les ministres qui ont dit, chacun en ce qui le concerne, leurs engagements par rapport aux points soulevés pour le Daaka. Indépendamment de ça, après chaque Daaka, je convoque une réunion tous les dix jours, je fais un bilan à mi-parcours pour voir les problèmes qui peuvent être réglés pendant le Daaka et les problèmes qu’on va différer pour le prochain Daaka.

Cela a permis de faire ce qu’on appelle une expression des besoins qui ont été couchés sur des fiches d’expression des besoins que j’ai envoyées depuis le mois de novembre 2019 aux autorités concernées. Chacun a eu le temps nécessaire pour exploiter les besoins exprimés et de se prononcer par rapport aux points qui le concernent.

Quels sont ces besoins exprimés ?

Il y a onze services au total qui sont impliqués et chacun a pris des engagements par rapport à son budget. Parce que c’est un problème de budget qui se pose souvent. On ne peut pas tout demander à l’Etat dans la mesure où il y a plusieurs cérémonies religieuses dans l’année.

Oui, mais quels sont les problèmes qui ne peuvent pas attendre d’être réglés ?

Le problème le plus sensible au Daaka, c’est la disponibilité de l’eau. Les autorités concernées mettent beaucoup de temps à régler ce problème. Nous sommes dans une zone où c’est l’Ofor (Office des forages ruraux) qui intervient, et donc qui n’est pas concernée par la Sde devenue Sen’eau – que nous remercions au passage pour nous avoir accompagnés. Ils nous donné un grand forage d’un volume de 200 mètres cubes par heure ; ensuite ils nous installé deux (2) bouches d’incendie. Sen’eau a affirmé qu’elle va s’inscrire dans la continuité parce qu’ils (les agents) nous ont même affecté une équipe de techniciens pour nous accompagner dans la gestion de l’eau.

L’autre problème, c’est l’électricité puisqu’elle rentre dans le cadre de la sécurité surtout que le Daaka se tient en brousse, à 10 kilomètres de la ville. Le Daaka se particularise aussi de par sa durée, 10 jours. Je crois qu’il n’y a pas au Sénégal un évènement religieux qui dure 10 jours.

Les engagements ont été pris à tous les niveaux. Mais le seul hic à ce niveau, c’est que l’Ageroute a pris des engagements sur lesquels elleest revenue. Sur les onze points listés, ils ont dit qu’ils ne peuvent satisfaire que quatre. Notamment les points les plus faciles, c’est-à-dire ouvrir des pare-feu et d’après le feed-back que j’ai, le travail est mal fait.

Pour le site d’aménagement, il se trouve qu’au niveau de la plateforme dédiée aux camions qui viennent s’approvisionner en eau au niveau des potences, on a mis beaucoup de sable, pas des gravats. L’Ageroute a mis de la latérite, et avec l’eau qui ruisselle des camions, cela devient de la boue, les véhicules s’embourbent. Il fallait mettre du béton.

Ensuite, il y a qu’il faut élargir la plateforme parce qu’elle est trop petite. Depuis l’année dernière, on leur demande cela sans être satisfait. Un autre aspect, c’est par rapport à la dalle au niveau des abattoirs. Les gens abattent à même le sol et comme c’est de la viande destinée à la consommation à grande échelle, il y a des risques d’hygiène qu’il nous faut éviter, mais que malheureusement on tarde à régler. Et il y a tant d’autres problèmes comme ça qui ne sont résolus.

Ah oui, parce que le casse-tête des toilettes au niveau du Daaka est toujours réel ?  

Vous savez, les toilettes en elles-mêmes ne posent pas de problème. Il y a eu un déficit de communication quand il y a eu le projet de modernisation des toilettes. Ils (les autorités notamment les architectes de la présidence de la République) ne sont pas venus vers le comité d’organisation. Ils ont saisi certaines personnes et ont discuté avec ces personnes, particulièrement avec une seule personne. Paix à son âme. Alors, on a installé des édifices publics sur des sites du Daaka qui appartenaient à des groupes de personnes. Parce que quand on parle de Daaka, il faut savoir que Ziguinchor a son Daaka, Saint-Louis a son Daaka etc. Chaque entité a son Daaka et avec ses commodités. Là où il y avait un Daaka, tu viens y installer des toilettes, tu déménages les gens qui s’y installaient. Les gens ne sont pas averties, il faut les recaser ailleurs ; et c’est cela qui pose problème.

Ensuite, il y a des dignitaires du Daaka qui avaient des toilettes personnelles pour leur intimité due à leur rang social qu’on a démolies. On leur demande d’aller vers les toilettes publiques. Dans notre culture (Al pulaar), on ne connait pas ces choses. On lui (dignitaire religieux quelconque) demande de prendre sa bouilloire, d’aller vers ces toilettes au vu et su de tous, cela pose problème. S’ils nous avaient contactés au départ, nous leur aurions dit comment il fallait procéder.

Sur combien de mètres carrés le Daaka est-il assis ?

Depuis 2016, le Daaka occupe une superficie de 500 hectares. Avant, il ne s’étendait que sur 100 hectares. Mais c’est après l’incendie qui s’était déclaré sur les lieux qu’on a dit qu’il faut élargir l’espace, aménager des routes pour permettre la circulation des personnes mais aussi servir de pare-feu. Il faut aussi le dire, le Daaka prend de l’ampleur d’année en année.

Combien de fidèles sont attendus généralement au Daaka ?

Je ne saurai dire combien de fidèles sont attendus, parce que d’année en année, l’événement draine du monde. Une fois, nous avons distribué des fiches lors des trois derniers jours du Daaka, et on a noté qu’il y avait un rush.  Certains Daaka ont décliné à cause d’un déficit de communication sur la démarche, des gens ont pensé que c’était un recensement pour ensuite leur demander de payer l’impôt (fou rire). On est en train de réfléchir sur le mode de recensement  des fidèles, mais ça pose problème. 

Quel est l’apport des fidèles pour la bonne tenue de l’évènement ?

Cela pose un problème, voilà pourquoi j’ai adressé un message en Al Pulaar dans l’interview que j’ai accordée à la presse parce que la majeur partie des fidèles parle et comprenne cette langue. Il faut que les gens sachent qu’on ne peut rien réussir sans discipline. On ne peut rien réussir sans ordre. Les gens viennent, s’installent comme elles veulent. Il y en a qui viennent au Daaka seulement pour le commerce. Ils ne viennent pas pour se recueillir. Or, Daaka signifie en Al Pulaar «retraite spirituelle». Il y a des fidèles qui viennent pour cela, ils ont pris sur eux de se détacher de la vie sur terre pendant dix jours que dure le Daaka pour se consacrer uniquement à la prière, à Dieu. Mais à côté, il y a des gens qui viennent parce que aussi c’est un lieu de rencontre, ils débarquent sur les lieux avec leurs marchandises, ce qu’on ne peut pas leur interdire. Généralement, ce sont ces gens-là qui perturbent le bon déroulement de l’évènement, qui provoquent des accidents qu’on a notés dans le passé. Ils viennent avec des bonbonnes de gaz pour le petit commerce de repas, et cela crée des problèmes de sécurité.

Il y a aussi le risque que représentent les unités traditionnelles de production du pain…

(Il nous coupe la parole). Le seul point qu’on a oublié d’évoquer, c’est le problème des boulangeries traditionnelles. Cette année, j’ai demandé à ce qu’on affecte un espace dédié aux unités de boulangerie traditionnelle, construites en banco. Qu’on les situe hors du Daaka parce qu’à l’intérieur du Daaka, cela pose un problème de sécurité. Déjà, nous avons la boulangerie de l’Armée nationale. Nous saluons au passage le gouvernement pour cet effort. Mais sa production ne pourra pas couvrir tous les pèlerins. Il n’y a qu’une seule boulangerie moderne dans la ville de Médina Gounass, sa production ne peut pas non plus couvrir toute les demandes. Donc, nous comprenons que ces boulangeries traditionnelles soient là, mais il faut qu’on leur aménage un endroit où elles produire sans danger pour les pèlerins.

Est-ce que des mesures sont prises pour parer à d’éventuels incendies ?

C’est une préoccupation majeure, parce que l’année dernière, on a étouffé deux début d’incendies. Voilà pourquoi j’ai pris l’initiative de mettre hors Daaka les unités de production du pain traditionnel et je m’en suis ouvert aux autorités administratives de la région.

Depuis 2017, les Sapeurs-Pompiers ont beaucoup fait au niveau du Daaka. Ils ont installé au sein de Daaka cinq postes d’incendies. Autrefois, ils se regroupaient sur un point. A présent, ils ont fait le maillage du Daaka en y installant des postes d’incendies un peu partout. Les camions citernes sont ravitaillés en eau sur place en cas d’incendie. Ils ne se disputent plus la chaussées avec les camions hydrauliques qui viennent distribuer l’eau aux fidèles. S’y ajoute qu’on a sept bouches d’incendie.

Réalisé par Raymond Apéraw DIATTA

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