Participation politique des femmes : le Sénégal appelle à lever les barrières financières à la CSW

Intervenant lors d’un événement parallèle organisé en marge de la 70ᵉ session de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies (CSW), Mme Maimouna Dieye, ministre de la Famille et des Solidarités a plaidé pour une réforme en profondeur du financement politique afin de faciliter l’accès des femmes aux responsabilités électives.

Un plaidoyer porté par le Sénégal

La participation politique des femmes et les obstacles financiers qui entravent leur engagement étaient au cœur d’un événement parallèle organisé en marge de la 70ᵉ session de la Commission de la condition de la femme. Prenant la parole devant des représentants africains et des partenaires internationaux, Mme Maimouna Dieye, ministre de la Famille et des Solidarités a salué l’initiative de la Commission de la CEDEAO et du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) d’inscrire cette question stratégique à l’agenda de la session. « Au-delà des engagements normatifs et des déclarations de principe, la réalité est claire : l’accès aux ressources financières constitue aujourd’hui l’un des obstacles structurels majeurs au leadership politique des femmes en Afrique de l’Ouest », a-t-elle souligné.

La parité, un acquis majeur au Sénégal

Dans son intervention, le ministre a rappelé les avancées enregistrées par le Sénégal en matière de représentation politique féminine, notamment grâce à l’adoption en 2010 de la loi sur la parité absolue dans les instances électives et semi électives. Cette réforme, qualifiée d’historique, a profondément transformé la représentation des femmes dans les institutions. « Le Sénégal a très tôt compris que la participation des femmes au leadership politique est non seulement une exigence démocratique, mais aussi une option stratégique pour garantir des politiques publiques inclusives et équitables », a déclaré le ministre. Les résultats sont éloquents : la présence des femmes au Parlement est passée de 18,7 % lors de la 12ᵉ législature à plus de 41 % dans l’actuelle 15ᵉ législature, avec un pic de 44,2 % lors de la 14ᵉ législature.

Des obstacles financiers qui persistent

Malgré ces avancées, le ministre a reconnu que les femmes engagées en politique continuent de faire face à d’importantes contraintes financières. Selon lui, plusieurs facteurs expliquent ces difficultés : l’accès limité aux ressources durant les campagnes électorales, la faiblesse des réseaux permettant d’obtenir des financements ou encore la dépendance fréquente à l’autofinancement. Les femmes rencontrent également des difficultés à accéder aux circuits formels de financement politique et subissent souvent des inégalités dans la répartition interne des ressources au sein des partis. « Ce que nous appelons souvent la sous-représentation des femmes est en réalité l’expression d’un déficit d’accès aux ressources, et non d’un manque de compétence ou de leadership », a-t-elle insisté.

Vers des réformes sensibles au genre

Face à ces défis, le ministre a plaidé pour que la question du financement politique soit désormais considérée comme une réforme démocratique structurante. Il a notamment évoqué plusieurs initiatives engagées au niveau national, parmi lesquelles la poursuite de l’institutionnalisation de la budgétisation sensible au genre au sein de l’administration publique.

Le Sénégal réfléchit également à l’intégration de critères sensibles au genre dans le financement public des partis politiques, afin d’encourager l’investiture et le soutien effectif des candidatures féminines. Parallèlement, des programmes de renforcement des capacités sont développés pour accompagner les femmes leaders, en particulier les jeunes, dans leur préparation aux compétitions électorales.

Une réponse régionale nécessaire

Au-delà des initiatives nationales, le ministre sénégalais de la Femme a souligné l’importance d’une réponse régionale face aux défis communs rencontrés par les systèmes politiques ouest-africains. Les systèmes politiques de notre région partagent des caractéristiques similaires : financement partisan peu transparent, poids des réseaux informels et centralité des ressources privées », a expliqué le ministre.

Dans ce contexte, le Sénégal soutient pleinement l’initiative visant à élaborer des lignes directrices régionales sur le financement politique sensible au genre, sous l’égide de la CEDEAO et en articulation avec l’Union africaine.

Investir dans le leadership féminin

Pour le ministre, lever les barrières financières à la participation politique des femmes constitue un choix démocratique fondamental. « Une démocratie qui ne garantit pas un accès équitable aux ressources politiques organise, de manière implicite, l’exclusion », affirme Mme Dieye.

À l’inverse, investir dans le leadership féminin permet de renforcer la gouvernance inclusive, la stabilité politique et le développement durable.

Le Sénégal a ainsi réaffirmé sa volonté de poursuivre son engagement aux côtés de la CEDEAO, du PNUD et de l’ensemble de ses partenaires afin de transformer les engagements politiques en réformes concrètes, mesurables et durables.

Paule Kadja TRAORE

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