New York: L’amélioration de l’accès des femmes à la justice demeure l’un des défis majeurs de la lutte pour l’égalité. C’est le message central porté par la ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, Maimouna Dièye, lors d’un événement consacré aux droits des femmes et à la justice.
Dans un contexte mondial marqué par de profondes inégalités, la ministre a rappelé que les femmes ne disposent encore que de 64 % des droits juridiques dont bénéficient les hommes. Un écart structurel qui se traduit dans de nombreuses sociétés par des discriminations législatives persistantes et des pesanteurs socioculturelles freinant l’autonomisation des femmes.
«Cet écart limite les perspectives des femmes et les expose encore trop souvent à des formes multiples d’injustice », a-t-elle souligné devant un parterre de responsables institutionnels, de partenaires internationaux et d’acteurs de la société civile.
Le poids du silence et des pressions sociales
Au-delà des textes de loi, plusieurs facteurs continuent de dissuader les femmes de revendiquer leurs droits. La peur de la stigmatisation, les pressions familiales ou encore la volonté de préserver l’honneur du foyer réduisent fréquemment les victimes au silence.
À ces obstacles sociaux s’ajoutent des difficultés économiques. La dépendance financière de nombreuses femmes constitue une barrière majeure pour engager une procédure judiciaire, payer les frais liés aux démarches ou simplement se déplacer vers les juridictions compétentes.
Dans les zones rurales, l’éloignement des tribunaux complique davantage la situation. La complexité des procédures judiciaires et la lenteur des mécanismes de recours représentent également des freins importants, notamment dans les cas d’urgence impliquant des victimes de violences ou d’abus.
Les femmes vivant avec un handicap sont encore plus exposées à ces difficultés, ce qui renforce leur vulnérabilité face aux injustices.
Une réponse multisectorielle pour garantir les droits
Face à ces défis, la ministre a insisté sur la nécessité d’une approche multisectorielle et collaborative impliquant l’ensemble des acteurs concernés.
Le panel organisé dans le cadre de cette rencontre réunit ainsi des experts issus du système judiciaire sénégalais, d’ONU Femmes et de l’Association des juristes sénégalaises. Les échanges portent notamment sur la coopération gouvernementale, les mécanismes multilatéraux et les réponses communautaires pour renforcer l’accès à la justice.
Selon Maimouna Dièye, chaque cas de violence ou d’atteinte aux droits fondamentaux des femmes doit être considéré comme un appel urgent à la justice, à la protection et à la dignité.
Des progrès enregistrés au Sénégal
La ministre a également mis en avant les avancées enregistrées par le Sénégal ces dernières années.
Parmi elles figurent la vulgarisation des droits des femmes, la mise en place de structures d’accueil pour les victimes ainsi que des lignes d’assistance dédiées. Le pays a également renforcé la formation des magistrats, des officiers de police judiciaire, du personnel de santé et des travailleurs sociaux afin de promouvoir une approche sensible au genre et centrée sur les besoins spécifiques des femmes.
Malgré ces progrès, les défis restent importants, a-t-elle reconnu, appelant à davantage de détermination et de cohérence dans les actions.
La justice comme moteur de transformation sociale
Pour les autorités sénégalaises, garantir l’accès des femmes à la justice ne relève pas seulement d’une exigence juridique, mais d’un impératif moral et d’un levier de transformation sociale.
« Investir dans les femmes et les filles n’est pas seulement une question de justice sociale. C’est un investissement stratégique pour accélérer la transformation économique et sociale de nos sociétés », a affirmé la ministre.
Dans la même dynamique, la secrétaire générale adjointe des Nations Unies, Amina Mohammed, a rappelé que les violences faites aux femmes demeurent une réalité mondiale. Elle a salué l’engagement du Sénégal dans la promotion du leadership féminin et dans la recherche de solutions pour garantir une justice accessible à toutes.
La ministre sénégalaise de la Justice, Yacine Fall, a pour sa part insisté sur l’importance de moderniser le système judiciaire, notamment à travers la digitalisation de la justice (e-justice) et le développement d’alternatives à la détention, afin de renforcer l’efficacité et l’accessibilité du système.
Un appel à poursuivre le combat
Au terme de la rencontre, les intervenants ont lancé un appel à poursuivre la mobilisation collective pour garantir le respect des droits des femmes.
« La justice doit être accessible aux femmes et aux jeunes afin d’assurer la protection de leurs droits et la sauvegarde de leur bien-être », ont-ils insisté.
Pour les participants, cette rencontre constitue un espace essentiel d’échange sur les meilleures pratiques à promouvoir pour faire reculer les violences et bâtir des sociétés plus justes et inclusives.
Paule Kadja TRAORE
















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