Seyda Mariama Niass : Le parcours masculin d’une dame de cœur

Sur le plan religieux, Seyda Mariama Niass aura vécu comme un homme. Enseignante, fondatrice d’écoles coranique et franco-arabe, elle a fait plusieurs pays pour divulguer le Saint Coran. Elle était aussi opératrice économique.

Toute sa vie durant, elle s’est consacrée au Saint Coran. Seyda Mariama Niasse, décédée ce samedi 26 novembre, a fêté ses 88 ans il y a quelques jours. Elle est surtout connue comme la fondatrice du complexe scolaire Keur Sultan Ben Abdoul Aziz Al Saoud situé à Patte d’Oie et communément appelé Ecole Mariama Niass. Un établissement dont la pose de la première pierre a eu lieu en 1984.  
Mais en réalité, son parcours n’a rien à envier à celui d’un homme. Celle que Médina Baye appelait affectueusement Ya Boye Seyda a été très entreprenante à la fois sur le plan religieux et économique. «Le Sénégal et la Oummah islamique viennent de perdre une de ses illustres filles, Seydah Mariama Niasse. Grande promotrice de l’éducation des jeunes filles, elle a rendu un service à la science », a déclaré le président Macky Sall en guise d’hommage.
Née le 24 décembre 1932 à Kossi, un lieu symbolique dans la Fayda et situé à 9 km de Kaolack, Seyda Mariama Niass n’avait que 5 ans quand elle débutait l’apprentissage du Coran en 1937 à Médina Baye, la cité religieuse fondée par Cheikh Al islam. Comme l’ensemble des enfants de Baye Niass, elle est passée par les mains de Rabbani, un maître coranique venu de la Mauritanie à qui Baye Niass avait confié l’enseignement du Coran de ses enfants, pour une prononciation correcte des mots.
En 10 ans, elle mémorise le Livre Saint et devient à son tour enseignante. Elle étudie également les sciences islamiques chez son père et les grands érudits qui l’entouraient. Avant 20 ans, elle est donnée en mariage à El Hadji Omar Kane, premier moukhadame de Baye Niass à Dakar.
Dans la capitale sénégalaise, elle commence à enseigner le Coran dans sa chambre en 1952, date à laquelle elle rejoint le domicile conjugal. Rapidement, l’effectif grandit et devient un daara. Les enfants viennent de différents pays, surtout d’Afrique. Ce qui a fini de faire d’elle une maman adoptive de plusieurs jeunes de diverses nationalités.
Le déclic intervient en 1981, lorsque le Président Abdou Diouf, fraîchement arrivé au pouvoir effectue un déplacement à Kaolack. Lors de la cérémonie, il est touché par le récital du Coran par l’un des tout jeunes pensionnaires du daara de Seyda Mariama. Information prise, le chef de l’Etat décide de l’appuyer. C’est ainsi qu’il lui fera des lettres de facilitation en direction des pays arabes pour plus de moyens financiers.
En fait, Seyda Mariama Niass a beaucoup voyagé dans les pays arabes. Au début, elle accompagnait son père Baye Niass, notamment dans le cadre des activités dans la Ligue islamique. C’est d’ailleurs en compagnie du fondateur de la Fayda qu’elle effectue son premier pèlerinage à la Mecque en 1960, l’âge de 28 ans.  
La perte précoce de sa mère
Seyda Mariama Niass était très proche de son père. Quand elle perdait sa mère Sokhna Astou Sarr qui est aussi la mère de l’actuel khalife de Médina Baye, Cheikh Mahi Niass, la jeune fille n’avait que 15 ans environs. Cet évènement douloureux l’a sans doute rapprochée davantage de son père qui l’aimait beaucoup. Après la disparation de Cheikh Ibrahima Niass, elle continue son périple dans d’autres pays au nom de l’islam, accompagnée cette fois-ci de son fils ainé, Cheikh Kane.
Son école à Patte d’Oie est certainement sa réalisation la plus connue, mais elle n’est pas la seule. Elle a aussi fondé un internat (Coran et enseignement arabe) en 1990 à Sacré-Cœur. Elle a pris part au sommet de l’Oci en 1991 au Sénégal en organisant une journée du Coran au Cices. Elle a également participé à plusieurs activités liées à l’Islam un peu partout à travers le monde. Ce qui lui a valu le surnom khadimatoul khourhane (la servante du Coran).
Seyda Mariama Niass a aussi œuvré dans les activités économiques. Elle a été voyagiste pour le pèlerinage à la Mecque. Elle a fait dans le commerce, l’import-export et d’autres activités. Bref, elle s’est toujours comportée en homme à la fois sur le plan religieux (comme l’avait prédit son père) et économique.
Pour l’ensemble de son œuvre, elle a reçu plusieurs distinctions parmi lesquelles l’Ordre national du Mérite décerné par le Président Macky Sall le 16 décembre 2013. C’est cette dame de cœur qui vient de quitter ce bas monde. Qu’elle repose en paix. Amine !

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