GUINÉE : Témoignages glaçants des parents de victimes de disparitions forcées

Amnesty International a déclaré samedi dans un communiqué avoir recueilli les témoignages d’une dizaine de parents et proches de personnes arrêtées à Conakry, Macenta (sud-est) et Télimélé (ouest) dont la plupart ont depuis disparu. Une partie d’entre-elles a été conduite dans un camp militaire hors de la capitale. Aucune famille et aucun avocat n’a pu avoir accès au camp, et les autorités n’ont jusqu’à présent pas communiqué officiellement sur cette situation, relève l’organisation de défense des droits de l’Homme. Laquelle estime que ces pratiques constituent des disparitions forcées au regard du droit international.

Un parent de l’un des jeunes arrêtés le 11 février dernier au quartier Koloma à Conakry a déclaré à Amnesty International :  «Il a été arrêté par les forces de l’ordre lorsqu’elles l’ont croisé alors qu’il rentrait chez lui. Il n’a jamais participé à la moindre marche. C’est un simple conducteur de taxi qui a été arrêté par hasard. Il y a eu plusieurs arrestations ce jour-là. Même moi, j’ai failli me faire arrêter. Je venais de la boutique pour m’approvisionner en unités téléphoniques. A l’entrée de ma cour, les policiers m’ont vu et m’ont dit de venir. J’ai refusé et ils m’ont poursuivi mais heureusement j’ai pu leur échapper. »

D’après toujours Amnesty International, plusieurs parents et proches ont déclaré que leurs proches arrêtés eux-aussi le 11 février à Koloma ont d’abord été détenus à Conakry, avant d’être emmenées par des militaires dans un lieu inconnu.

Un autre parent, inquiet, témoigne : «Mon fils a été arrêté le 11 février par une patrouille de la police entre 22h et 23h alors qu’il s’apprêtait à prendre un taxi. Il a été emmené à la Compagnie mobile d’intervention et de sécurité du quartier Bambeto de Conakry. Le lendemain on l’a amené dans une autre Compagnie située au quartier Enco 5. Je suis allé le voir là-bas. Les policiers m’ont dit de revenir le lendemain. Quand je suis revenu, ils m’ont dit que les bérets rouges sont partis avec eux. J’ai sillonné tous les coins de Conakry, les camps, en vain.»

«Les forces de sécurité guinéennes doivent révéler immédiatement où se trouvent ces personnes disparues et quelle est leur situation au regard de la loi. Si elles sont détenues, les autorités doivent les inculper d’une infraction dûment reconnue par la loi ou les libérer immédiatement,» a déclaré Fabien Offner.

D’autres arrestations ont visé dans les régions de Nzérékoré et de Kindia des personnes publiquement engagées dans la lutte contre le projet de révision constitutionnelle, à travers le Front national pour la défense de la constitution (FNDC).      

Deux membres du FNDC ont été arrêtés à leur domicile par des bérets rouges accompagnés de gendarmes au début du mois de mars à Télimélé et sont depuis incarcérés à la prison centrale de la ville sans accès à un avocat et sans avoir été présenté à un juge, ce qui constitue une détention arbitraire, selon Amnesty. 

Le 27 février, un responsable local du parti d’opposition Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), membre du FNDC, et un étudiant ont été interpellés au grand marché de Nzérékoré. Ils ont été conduits au commissariat central puis au camp militaire de la ville où ils ont été torturés, selon les informations reçues par Amnesty International. 

Le 15 février, Robert Kaliva Guilavogui alias Junior Gbagbataki du Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN), membre du FNDC, a été arrêté à Macenta, d’où il aurait été conduit en détention à Faranah. Il a été conduit le 2 mars dans la soirée dans un autre lieu de détention inconnu, révèle Amnesty.

Raymond Apéraw DIATA

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