add share buttons

COP25 : onze questions pas si bêtes sur le réchauffement climatique

Top départ pour un nouveau round. La 25e conférence internationale sur le climat débute à Madrid (Espagne), lundi 2 décembre. Des milliers de délégués d’Etats se réunissent afin de réfléchir aux moyens d’enrayer le réchauffement climatique. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Franceinfo tente de répondre à quelques questions que vous vous posez sur ce phénomène complexe qui menace notre avenir.

1Ça chauffe vraiment ? Il a neigé l’autre jour…

Oui, il a beaucoup neigé ces dernières semaines en France. Ça ne veut toutefois pas dire que la température globale de l’atmosphère ne se réchauffe pas. Depuis l’ère préindustrielle, elle a grimpé en moyenne de 1 °C. Et ce n’est pas près de d’arrêter. Si la courbe continue sur sa lancée, les températures augmenteront de 1,5 °C entre 2030 et 2052, annoncent les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) de l’ONU (PDF en anglais). Sans aucun effort de nos sociétés, les experts du Giec anticipent une hausse de 4,8 °C d’ici 2100. De récents modèles français avancent même un scénario très alarmant de +7 °C en 2100.

En cause ? Une concentration de plus en plus forte de gaz à effet de serre, ces gaz qui retiennent une partie de l’énergie solaire dans l’atmosphère. En février dernier, un triste record était franchi : une concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère terrestre de 411,66 parties par million (ppm) de CO2. Un taux en constante augmentation ces dernières décennies, comme le montre ce graphique de l’Institut de recherche Scripps.

2 C’est plutôt une bonne nouvelle, l’été toute l’année, non ? Et puis 2 °C de plus, ça passe crème, franchement.

Attention, il ne faut pas, comme Donald Trump, confondre la météo et le climat. La météo correspond aux conditions quotidiennes de l’atmosphère (température, nuages, vent, précipitations), tandis que le climat décrit les conditions atmosphériques sur le long terme. « L’observation d’un phénomène météorologique, pris isolément, ne renseigne pas sur l’évolution du climat », explique l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Lorsque les scientifiques évoquent une augmentation de 2,5 ou 7 °C, c’est une moyenne annuelle à l’échelle de la Terre, qu’il ne faut pas transposer à la température d’un jour donné à un endroit précis : l’augmentation sera bien plus forte certains jours et dans certaines régions. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil à la dernière ère glaciaire qu’a connue notre planète, il y a 21 000 ans. « A cette époque, la température de la Terre n’était que de 4 à 7 °C inférieure à sa valeur actuelle, et pourtant le niveau de l’océan était plus bas de quelque 120 mètres. L’Amérique du Nord et l’Eurasie étaient

recouvertes d’une couche de glace qui atteignait 1 à 2 km d’épaisseur et s’étendait jusqu’à New York et au nord de l’Allemagne », explique Météo France. Un paysage beaucoup plus hostile pour l’homme, à quelques degrés près.

3 D’accord, il fait plus chaud… et c’est tout ?

Malheureusement, non. La chaleur de l’air accélère l’évaporation des étendues d’eau. Et c’est tout le régime des pluies qui en est bouleversé. Les précipitations se font plus intenses dans certaines zones et causent ainsi des phénomènes climatiques extrêmes : canicules, sécheresse, inondations…

Plus loin dans le cycle de l’eau : les océans. Comme l’explique l’Organisation météorologique mondiale (OMM) dans son dernier bulletin sur les gaz à effet de serre, ils absorbent 22% des émissions – grandissantes – de CO2 liées à l’activité humaine. Par réaction chimique, ce phénomène participe à l’acidification des océans. Cela « présente un risque majeur pour certains planctons, les coraux et la biodiversité marine. En effet, l’acidification des océans affecte la capacité de certains phytoplanctons à croître et à se renouveler. « 

Par ailleurs, la fonte des glaciers continentaux et l’expansion de l’eau due au réchauffement (plus l’eau est chaude, puis elle prend de place) déclenchent un autre processus : la hausse du niveau des océans. Au cours du siècle dernier, il a augmenté d’environ 15 cm et ce phénomène s’accélère : actuellement, le niveau des mers grimpe de 3,6 mm par an, menaçant de plus en plus les côtes. Plusieurs îles du Pacifique ont déjà été englouties sous la surface de l’eau.

« Cette hausse pourrait atteindre 30 à 60 cm environ d’ici 2100, et ce même si les émissions de gaz à effet de serre sont fortement réduites et si le réchauffement planétaire est limité à une valeur bien en dessous de 2 °C, mais environ 60 à 110 cm si ces émissions continuent d’augmenter fortement », alerte le Giec dans son dernier rapport consacré aux impacts du réchauffement climatique sur l’océan et la cryosphère.

4 Est-ce que c’est vraiment de notre faute ? J’ai entendu que c’était juste un cycle de la Terre… C’est vrai ?

Oui et en même temps… non. Le climat de la Terre alterne en effet depuis toujours entre des périodes de glaciation et de réchauffement, avec des pics. Citons par exemple le Paleocene-Eocene Thermal Maximum (PETM), il y a 56 millions d’années. La température terrestre avait alors augmenté de 6 °C en 10 000 à 20 000 ans. Mais – car il y a un « mais » – toute la différence avec la période actuelle est dans la durée de cette augmentation. Si le PETM est considéré, à l’échelle de l’histoire de la Terre, comme un pic soudain, la hausse actuelle de température est plus fulgurante encore. Car la température a augmenté de 1 °C… en seulement 100 ans. Si on fait le calcul, c’est donc 100 fois plus rapide.

« Les émissions totales de gaz à effet de serre produites aujourd’hui ont augmenté de 80% depuis 1970 et de 30% depuis 1990. Elles ont été, entre 2000 et 2010, les plus importantes de l’histoire humaine », note l’Ademe. Une hausse soudaine due aux activités humaines, très émettrices en gaz à effet de serre : combustion d’énergies fossiles telles que le charbon ou le pétrole, déforestation et ainsi suppression des stocks de carbone que représentent les arbres, traitement des terres agricoles…

5 J’émets vraiment du carbone au quotidien ?

Aujourd’hui, il faudrait 2,7 planètes pour satisfaire les besoins de la population mondiale si tout le monde vivait comme un Français, selon un calcul du think tank  Global Footprint Network qui englobe les émissions de CO2, mais également des ressources comme les arbres, les poissons ou les terres cultivables. Pour lutter contre le changement climatique, il faudrait donc modifier en profondeur notre mode de vie – notre alimentation, nos modes de transport, notre consommation, nos loisirs – parce qu’il n’est plus du tout adapté aux limites de notre planète.

6 Je ne dois plus prendre l’avion ni manger de viande ?

Si les grandes orientations politiques ne dépendent pas que de nous, « on est tous acteurs de l’atténuation de notre empreinte sur le climat », explique Roland Séférian, climatologue à Météo France. Pour savoir comment diminuer votre empreinte carbone – la quantité de gaz à effet de serre que vous générez chaque année –, il faut d’abord la calculer. Plusieurs sites, comme celui du WWF Suisse ou celui de la fondation Good Planet, proposent des outils pour le faire.

Vous constaterez que les transports – en premier lieu l’avion, puis la voiture – et l’alimentation – en particulier la viande et les produits laitiers – pèsent lourd dans ce bilan personnel. Pour transporter un passager sur un kilomètre en avion, il faut 144,6 grammes de CO2, contre 85,5 pour la voiture particulière et 3,2 pour le TGV, selon les chiffres de l’Ademe. Pour produire un plat à base de viande, il faut 137,39 grammes de CO2, contre 15,70 pour un plat à base de légumes, selon la même source.

Prendre moins l’avion ou sa voiture et manger moins de viande sont donc des leviers importants pour diminuer son empreinte carbone. Mais ce ne sont pas les seuls : consommer local, consommer moins, regarder moins de vidéos sur Internet, chauffer son logement à 19 °C sont d’autres pistes pour faire baisser son empreinte carbone.

7 Tout ça, ça semble loin… En France, on pourra juste bronzer partout les doigts de pieds en éventail, non ?

Eh non ! Les études sont d’accord : ce sont les pays en développement qui vont le plus souffrir du réchauffement climatique. Mais la France n’est pas en reste. A commencer par la survenue de phénomènes météorologiques extrêmes. Ces dernières années, les territoires français ont subi une canicule sans précédent en 2003, des inondations meurtrières dans l’Aude fin 2018, l’ouragan dévastateur Irma en 2017 sur Saint-Martin et Saint-Barthélemy… Tout ceci pourrait devenir de plus en plus fréquent, si ce n’est la norme. Par exemple, sur le long terme, la température en France va grimper et banaliser les épisodes de canicule : « Les jours très chauds (dépassant de 5 °C la moyenne) seront plus nombreux : de 36 aujourd’hui, ils passeraient vers 2030 à plus de 40 (scénario optimiste), voire à plus de 70 (scénario pessimiste) », note l’Ademe.

L’agence évoque également une baisse des précipitations, et par conséquent un assèchement des cours d’eau. David Salas y Mélia, chercheur climatologue et responsable climat au centre de recherche CNRM (Météo-France-CNRS), prédit par exemple « à partir de 2070 une Garonne à sec pendant quelques mois » par an et ainsi « des pratiques agricoles fortement remises en cause ». Une menace pour notre économie… mais aussi pour le contenu de nos assiettes et de nos verres. Vendanges précoces, degrés alcooliques élevés… Le vignoble français est déjà touché par le réchauffement climatique.

Les côtes françaises ne seront également pas épargnées par la montée des eaux. Le pire scénario avancé par le Giec en septembre dernier (+1,10 m à la fin du XXIe siècle) recouvrirait nombre de villes françaises, comme le montre la vidéo ci-dessous. Et La 1ère d’ajouter : « Ce rapport est plus inquiétant pour les Outre-mer français que pour la France hexagonale, pour une bonne raison qui est que les Outre-mer dépendent très fortement des écosystèmes marins et côtiers. »

8 Est-ce qu’on va tous mourir ?

Vous avez peut-être vu passer cette étude australienne qui évoque la fin de notre civilisation en 2050, si rien n’est fait pour freiner le réchauffement climatique. « Le changement climatique représente maintenant une menace existentielle à court ou moyen terme pour la civilisation humaine », écrivent ses auteurs. Ce constat est dramatique, mais il n’est pas farfelu. Il s’appuie sur des prévisions extrêmes, mais existantes : +3 °C en 2050. « C’est un article qui présente une vision cauchemardesque, le scénario du pire, mais qui ne peut pas être exclu pour autant », expliquait en septembre à franceinfo Gilles Ramstein, climatologue.

Dans un scénario plus modéré, celui d’un respect encore incertain de l’accord de Paris de 2015, la barre des 3 °C serait franchie « plutôt en 2100 », estimait Frédéric Parrenin, glaciologue et paléoclimatologue. Les conséquences seraient très sérieuses pour la survie de notre espèce : événements climatiques extrêmes (comme les sécheresses) plus fréquents, famine, manque d’eau potable, maladies, zones habitables englouties par la montée des eaux. Dans son rapport (graphique A) sur l’utilisation des sols, rendu cet automne, le Giec estime qu’un réchauffement de 3 °C augmente « très fortement » le risque d’insécurité alimentaire sur l’ensemble de la planète. 

Cette situation provoquera mécaniquement des problèmes sociaux, comme des conflits pour les ressources ou des migrations. « Ce qu’il faut comprendre, c’est que le changement climatique a le potentiel de tuer des milliards de gens et de déclencher la guerre partout sur Terre », résume sur France Culture Jean-Marc Jancovici, ingénieur et consultant sur les questions d’énergie et de changement climatique, enseignant à Mines ParisTech et président du think tank The Shift Project.

9 Ça sert à quoi de faire des efforts, si les Chinois et les Américains, eux, n’en font pas ?

Effectivement, si la France est la seule à agir, il ne sera pas possible de sauver notre planète. Les Etats-Unis, dont le président est notoirement climatosceptique, se sont retirés de l’accord de Paris et la Chine, si elle soutient ce texte, continue de construire de nouvelles centrales à charbon, une énergie très polluante. Or, ces pays sont les deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre (GES) du monde. Selon les derniers chiffres de l’Agence internationale de l’énergie, la Chine produit chaque année 9 302 millions de tonnes de GES, suivie par les Etats-Unis (4 761,3). La France se classe 23e (306,1 millions de tonnes), une bonne performance qui s’explique par l’importance du nucléaire dans le mixte énergétique français, une source d’énergie qui produi

Flourish logo

A Flourish data visualisation

Il faut cependant nuancer ce constat, en particulier concernant la Chine, où les pays occidentaux ont délocalisé ces dernières décennies leurs industries les plus polluantes. Le téléphone intelligent sur lequel vous nous lisez peut-être a très probablement été fabriqué en Chine. Il a été produit pour vous, c’est vous qui l’utilisez en France, mais les gaz à effet de serre émis pendant sa fabrication sont comptabilisés là-bas. Si l’on pondère les émissions de GES par la consommation des habitants et par leur nombre, « les émissions par habitant de l’Union européenne sont plus élevées que celles de la Chine », note l’ONU dans son dernier rapport : 6,1 tonnes pour un Chinois, 8,1 pour un Européen. Et, au-delà des simples émissions de CO2, notre mode de vie est moins durable que celui d’un Chinois : il n’a besoin « que » de 2,2 planètes, contre 2,7 pour nous. Bref, tout le monde doit faire des efforts.

10C’est grave ! Et personne ne fait rien ?

Si, des actions sont menées à grande échelle. Des entreprises, des villes et de plus larges territoires agissent pour tenter de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Citons l’exemple de l’engagement pris par 90 sociétés ou la promesse de la ville de Sonderborg (Danemark). Elle s’est fixé un objectif « 0% de carbone » d’ici 2029.

A plus grande échelle, l’accord de Paris, signé en décembre 2015, a embarqué 192 pays dans une réduction de leurs émissions, pour contenir le réchauffement de la planète à +2 °C. Toutefois, quatre ans plus tard, les résultats se font attendre et l’inversion des courbes n’a même pas commencé. En 2018, les émissions de CO2 ont même augmenté de plus de 2%, par rapport à 2017.

En France, « la trajectoire actuelle, même si les émissions par habitant sont inférieures à la moyenne européenne, est encore éloignée de celle qui permettrait de respecter les objectifs de l’Accord de Paris sans rupture des modes de vie », déplore un récent rapport du ministère de la Transition écologique et solidaire. De plus, même si nous cessions immédiatement d’émettre des gaz à effet de serre, les effets se feraient ressentir encore pendant des dizaines, voire centaines, d’années.

Flourish logo

A Flourish data visualisation

11 Mais alors, que doit-on faire pour éviter la « cata » mondiale ?

Eviter le réchauffement climatique n’est plus possible. Les scientifiques planchent plutôt pour le contenir. Le Giec n’y va pas par quatre chemins et exhorte à une action rapide : « Pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 ºC, il faudrait modifier rapidement, radicalement et de manière inédite tous les aspects de la société. » Objectif : réduire nos émissions de CO2 de 45% d’ici 2030, par rapport à leur niveau de 2010, puis atteindre vers 2050 la neutralité carbone, c’est-à-dire le point où les émissions sont compensées par l’élimination du CO2 présent dans l’atmosphère. Il faut aussi absorber le CO2 déjà présent dans l’atmosphère, en plantant des arbres, par exemple.

Source :Francetvinfo.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Aller à la barre d’outils